HISTOIRE PHILOSOPHIQUE
 
 
      LES GRANDS PHILOSOPHES DE LA GRECE ANTIQUE
... Suite du dernier numéro. 

HERACLITE L’OBSCUR

Héraclite naquit à Ephèse sur la côte Ionienne, à peu de kilomètres au nord de la plage de Kusadasi, aujourd’hui siège d’un très beau village du Club Méditerranée. Il était un aristocrate de la plus belle eau et, comme tel, n’avait jamais envie de parler à son prochain. 
La date de naissance du philosophe est on ne peut plus incertaine, certains la situent en 540 av. JC. Son père Bloson, était un descendant direct du fondateur de la colonie, Androclès, qui, à son tour, était fils de Codros, le tyran d’Athènes. En tant qu’aîné, Héraclite était donc également destiné à devenir un notable de la ville ; mais, quand vint son tour, il jugea préférable de renoncer à son privilège en faveur de son frère. Bref, Héraclite était un aristocrate et un intellectuel, autant dire un snob à la puissance deux : il méprisait son prochain et, en particulier, les ignorants et les superstitieux. 

Voici une série de jugements qui lui sont attribués : 
- « Nombreux sont les médiocres, rares ceux qui ont quelque valeur. » 
- « La plupart ne pense qu’à se rassasier, comme les bêtes d’un troupeau. » 
Il se vantait de ne jamais avoir eu de maîtres. Quand il ressentait le besoin de consulter quelqu’un, il avait coutume de dire : « Attendez un moment que j’aille m’interroger  moi-même. » 

Après s’être pompeusement désisté en faveur de son frère, il alla jouer aux dés avec plusieurs petits garçons dans le temple d’Artémis. Aux remontrances des habitants il répondit : « Pourquoi vous étonnez-vous, ô canailles ! Cela ne vaut-il pas mieux, peut-être, de jouer aux dés avec des enfants que de participer au gouvernement de cette cité ? » 

Héraclite,  « méprisant le vulgaire », se rangea toujours en politique du côté du tyran. Il avait coutume de dire : « Même obéir à la volonté d’un seul homme est synonyme de loi. » Héraclite invectiva les Ephésiens et les invita à se pendre, homme après homme, et à confier le gouvernement à des enfants, après quoi il abandonna la ville et se mit à vivre en ermite. 

C’est la dernière période de sa vie qui fût la plus dure , réduit à l’état sauvage, il ne se nourrissait que d ’herbes et de plantes. Il écrivit un livre intitulé De la nature. 

Socrate, qui fut un des premiers à y jeter un oeil, s’en tira en disant : « Ce que l’on en comprend est exceptionnel, c’est pourquoi j’en déduis que le reste doit l’être aussi, mais pour atteindre le fond de cette partie-là, il faudrait être un plongeur de Délos ». 
La vérité, c’est que le vieux philosophe, était le premier à ne pas dénier se faire comprendre ; son style était celui d’un oracle et, comme il disait en pontifiant, « L’oracle ne dévoile, ni ne dissimule, mais laisse entendre. » 
Arrivé à l’âge de 60 ans, il se mit à souffrir d’hydropisie ; il se remplit de plus en plus d’eau et fut obligé de retourner chez lui pour se faire soigner. Resté seul et malade, Héraclite essaya de se soigner à sa façon : « Dans une étable, il s’enfouit sous la chaleur de la bouse, dans l’espoir que son humeur s’évapore. » Il se fit enduire le corps de fumier par plusieurs esclaves et s ’exposa à la chaleur ; mais méconnaissable du fait des excréments, il fut dévoré par une horde de chiens. 
Dans un de ses fragments les plus dramatiques, il écrit : « Les hommes veulent vivre, mais ils désirent encore plus mourir, et ils procréent pour que naissent d’autres destins de mort. » 
C’est avec ces mots que la pulsion de mort freudienne fait, pour la première fois, son apparition dans l ’histoire de la pensée occidentale. 

Voici deux petites pensées héraclitèennes sur la création : 
- « Le plus beau des mondes est un tas d’ordures jeté au hasard sur le sol. » 
- « La vie est un enfant qui joue aux échecs. » 

Sur ce qu’était la véritable pensée d’Héraclite, tout le monde ne tombe pas d’accord ; pour certains, c’est le philosophe du « feu », entendu comme l’élément primordial dans tout est issu et où tout doit finir ; pour d’autres, c’est le philosophe du « devenir » ou de la lutte des contraires. 
Je soutiens la lutte des contraires. 
- « Ce sont les contraires qui forment la plus belle des trames et c’est de leur querelle que sont issues les choses. » 
- « La guerre est le père de toute chose. » 

Le philosophe en voulait à mort à Homère à cause de l’Iliade. « Que serait le monde, se demande Héraclite, s’il n’y avait pas cette lutte ? Un lieu de mort, horrible et désolé. n’est-ce pas la maladie qui rend agréable la santé. La satiété n’est-elle pas la récompense de la faim et le repos, celle du travail ? » 

Je conseillerai aux étudiants en philosophie de citer systématiquement Héroclite, quel que soit le philosophe dont ils décrivent la pensée. Nietzche, Hegel, Hobbes, Heidegger, Bergson, Spencer ; l’Obscur sied à n’importe qui puisqu’il a toujours dit et son contraire on fera bonne impression et sans prendre de gros risque. 
 

Roberto Sula 
 
 

 
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